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On parle souvent du burn-out comme d’un moment précis. Comme d’une chute brutale. Mais on parle beaucoup moins de ce qui vient après : la reprise, qui n’est pas plus simple à vivre…
- Les attentes surréalistes -
Ce moment étrange où le corps revient physiquement au travail… alors que le système nerveux, lui, est resté bloqué quelque part entre l’alerte et l’épuisement.
Parce qu’on ne revient pas réellement d’un effondrement en quelques semaines. On apprend surtout à fonctionner avec les traces qu’il laisse. Celles qui continuent à répondre aux mails, assister aux réunions, sourire poliment, produire, organiser, anticiper… tout en s’effondrant intérieurement, morceau par morceau.
Mais la société attend souvent un retour immédiat à la « normale ». Entendons par là, qu’il est attendu de nous d’être la personne qui nous a conduit à notre burn-out.
Comme si la souffrance devait être propre, rapide, discrète et administrativement terminée. Comme si le cerveau humain était un ordinateur qu’il suffisait de redémarrer. Comme si en reproduisant le même schéma, cela produira autre chose qu’un nouveau burn-out.
- La violence inattendue -
Après une longue période de stress ou de tensions constantes, le système nerveux reste en vigilance. Même lorsque le danger immédiat semble passé.
Tout devient plus coûteux :
Ce ne sont pas forcément les grands conflits qui détruisent le plus.
Parfois, ce sont les environnements où rien n’explose jamais vraiment… mais où tout use lentement :
Les gens imaginent souvent que la violence relationnelle est forcément bruyante.
Qu’elle ressemble à des cris ou à des insultes directes. Mais certaines personnes nous épuisent sans jamais élever la voix, en nous parlant de manière condescendante, comme si nous avions deux ans, et que nous ne comprenons soi-disant plus la réalité du travail.
Certaines situations nous obligent à rester en état d’alerte permanent sans qu’aucun événement précis ne puisse être montré du doigt.
Cette violence-là est difficile à expliquer. Parce qu’elle est invisible.
Mais le corps, lui, enregistre tout, et pour se préserver, il nous ralentit. Pas par paresse, pas par manque de volonté, ni parce qu’on « n’arrive plus à suivre ». On ralentit parce que le système interne tente désespérément de ne pas reproduire le cycle qui nous a mené à l’épuisement.
Mais même cette lenteur devient difficile à assumer dans un monde obsédé par la performance continue :
Comme si la valeur humaine dépendait uniquement de la capacité à rester opérationnel malgré tout. Alors on culpabilise, parce qu’on n’avance plus comme avant, on n’a plus la même énergie, on a besoin de plus d’aménagement pour fonctionner : pauses, silence, récupération, solitude.
- Les émotions -
Mais il existe une immense différence entre être incapable… et être épuisé d’avoir tenu trop longtemps. Et au milieu de tout cela, il y a aussi quelque chose dont on parle, sans presque jamais réellement le comprendre : l’hypersensibilité.
Le mot est devenu une sorte d’étiquette fourre-tout, à la limite du cliché, vu qu’il en est fait usage de manière erronée. Comme si l’hypersensibilité se résumait à être plus émotif que les autres, plus fragile, plus dramatique, plus facilement blessé.
Cette vision est profondément réductrice, car l’hypersensibilité n’est pas émotionnelle, elle est neurologique, cognitive et sensorielle. Ce n’est pas juste « ressentir plus fortement », c’est aussi « observer, analyser, anticiper et absorber plus ».
Bref, c’est ainsi que nous remarquons immédiatement les incohérences, les changements de ton, les tensions invisibles, les contradictions entre les mots et les comportements, les micro variations/agressions que d’autres ne perçoivent même pas.
C’est avoir un cerveau qui continue à scanner l’environnement même lorsqu’il devrait enfin pouvoir se reposer.
Et le plus ironique, c’est que face au stress, l’hypersensibilité passe souvent en mode stand-by. Ce qui équivaut à une mise sous silence quasi-totale des émotions, imposée par notre cerveau, pour nous aider à fonctionner.
Mais cette capacité a un coût invisible mental, physique et nerveux.
Parce que même si nous ne ressentons (quasi) plus rien, le corps et le mental reconnaissent l’anormalité de la situation. Et dans des environnements instables, tendus ou incohérents, ce coût devient gigantesque.
Parce qu’il ne s’agit pas de « prendre les choses trop à cœur ». Il s’agit du système nerveux à l’affut de toute attaque potentielle ou connue.
Conclusions
Le droit d’être lent n’est pas un caprice. C’est parfois une nécessité biologique après des mois ou des années passés à fonctionner sous pression intérieure constante.
Peut-être que certaines personnes ne tombent jamais, là, où d’autres succombent à la fatigue, d’avoir dû rester fortes trop longtemps dans des environnements, qui leur demandaient continuellement de s’adapter sans jamais réellement se sentir en sécurité ou valorisé.
Mais surtout, il ne faut pas perdre de vue, que guérir ne se fait pas en redevant ce que nous étions avant.
Nous connaissons tous l’adage qui définit la folie : reproduire le même schéma en espérant une issue différente.
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